Correction du DS – entraînement au baccalauréat
Objet d’étude : argumentation : l’essai, l’apologue, le dialogue d’idées
Vocabulaire :
Montesquieu, Lettres persanes, 1721
Genre : roman épistolaire dont les héros sont des étrangers qui s’émerveillent. => narratif + argumentatif !!!
Le roi de France (1712) = Louis XIV vieillissant (il meurt en 1715) ; permet à l’auteur de critiquer le monarque antérieur.
Vanité : sentiment d’autosatisfaction, suffisance
Tirer les richesses de la vanité de ses sujets : obtenir des richesses grâce à l’excès d’orgueil de ses sujets
Sujet : personne qui est soumise à l’autorité d’un souverain
Titres d’honneur à vendre : allusion à la vente de titres de noblesse pour renflouer les caisses de l’Etat.
Un morceau de papier est de l’argent : allusion à l’invention du papier monnaie
Damilaville, « Paix », in Encyclopédie, 1751
Genre : article => informatif + argumentatif !!!
Hobbes : philosophe anglais du XVIIe siècle, auteur de la fameuse maxime : « L’homme est un loup pour l’homme ». Pour vivre en société, l’homme doit renoncer à ses droits et se placer sous l’autorité d’un souverain qui fait régner l’ordre.
Atrabilaire (lat. atra bilis, bile noire) litt. Facilement irritable, coléreux
Fureurs : (lat. furor) colère violente, violence déchaînée, passion démesurée
Prétextes frivoles : légers, futiles, superficiels
Effets funestes : qui apporte la mort, le malheur
Chimérique : irréel, illusoire, utopique
Victime immolée : sacrifiée
Courtisan : homme qui fait partie de la cour d’un souverain ; celui qui flatte les puissants par intérêt
Courtisane : prostituée d’un rang social élevé …
Olympe de Gouges, Zamore et Mirza ou l’esclavage des Noirs, I1, 1784
Genre : pièce de théâtre, scène d’exposition => dramatique + argumentatif !!!
fiers ravisseurs : (lat. ferus, sauvage) arrogant, orgueilleux esclavagistes
l’homme avili : l’esclave, abaissé, dégradé, déshonoré, soumis à l‘esclavage
les plus abrutis : fatigués au point de rendre stupides, accablés, écrasés
Planche extraite de l’Encyclopédie, dirigée par Diderot et d’Alembert, 1751-1772
Genre : document iconographique => illustratif et incitatif + argumentatif !!!
Planche : illustration, estampe, gravure (la planche est la plaque de métal ou bois sur laquelle on effectue la gravure)
La casse : boîte plate divisée en compartiments de taille inégale, contenant les caractères employés pour la composition typographique (bas de casse : les minuscules)
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Question sur corpus n°1 : Que traduisent ces documents de l’esprit des Lumières ?
L’extrait du roman épistolaire Les Lettres persanes de Montesquieu, de la pièce de théâtre Zamore et Mirza ou l’esclavage des Noirs d’Olympe de Gouges, ainsi que les deux extraits de l’Encyclopédie, l’article « Paix » de Damilaville et la planche appartiennent tous quatre au XVIIIe siècle. Aussi pouvons-nous nous demander ce que ces documents traduisent de l’esprit des Lumières.
La forme adoptée par certains de nos textes est un choix esthétique caractéristique des philosophes des Lumières. Ainsi, l’Encyclopédie est l’œuvre phare des Lumières, une entreprise éditoriale gigantesque qui, à travers les planches et les articles, a tenté de faire la somme des connaissances à la lumière de la raison. Ainsi, ces deux documents issus de l’Encyclopédie illustrent la volonté des Lumières de diffuser les connaissances au plus grand nombre. De même, le choix de personnages exotiques dans le texte de Montesquieu, Rica et Ibben, poursuit la vogue de l’exotisme apparue avec la traduction des Mille et une nuit, et permet à l’auteur une habile critique derrière ses personnages qui s’émerveillent de tout ce qui pourrait sembler normal aux yeux des Européens. Ainsi, l’auteur peut, à travers ce choix esthétique, plaire et critiquer. Enfin, le théâtre est utilisé comme une tribune dans le texte d’Olympe de Gouges et le texte se termine d’ailleurs par un éloge de l’action des philosophes, à travers la métaphore filée des lumières composée des termes « fait tomber en Europe le voile de l’erreur », « hommes éclairés », « précieuse liberté ». A travers ces documents, nous voyons que les philosophes des Lumières utilisent la forme la mieux adaptée pour utiliser leur art au service de la raison.
De plus, chacun de nos documents illustre un combat des Lumières. La planche de l’Encyclopédie représente un atelier d’imprimerie, les différents métiers de l’imprimerie ainsi que la casse et un exemple de texte assemblé. Ces six figures font la somme des connaissances sur le métier de l’imprimerie, dont on connaît l’importance pour la diffusion des idées. On peut voir une discrète allusion au pouvoir de l’imprimerie à travers le texte de louange à Dieu, au Roi et aux Armes, texte à prendre au premier degré de l’éloge, ou au second degré, par le biais de l’ironie, du pouvoir des philosophes à critiquer ce triple pouvoir à travers l’imprimerie.
L’article de Damilaville critique d’ailleurs les armes à travers son article sur la paix. Le texte commence à la manière d’un article mais se transforme en critique de la guerre. On voit que l’auteur n’est pas neutre et objectif à travers les modalisateurs « a prétendu que », «cruelle », le conditionnel « s’il eût dit », « si la raison gouvernait… si elle avait… on ne verrait point ». En outre, la guerre est combattue à travers son assimilation à une maladie : les termes de la métaphore filée sont « maladie convulsive », « santé », « plaies », « guérir »… Ainsi, la guerre est une activité dénoncée par le philosophe des Lumières Damilaville. Enfin, au nom de la raison (« si la raison gouvernait les hommes… » l.22), Damilaville condamne les souverains qui envoient à la guerre leurs sujets. La guerre de dentelle est dénoncée à travers les expressions « prétextes les plus frivoles », l.32, « passions aveugles des princes », l.35, ce qui illustre un des combats des Lumières pour la liberté et la fin de l’arbitraire.
Cette même critique se voit dans le texte de Montesquieu. A travers le regard étonné de Rica, l’un des héros des Lettres persanes, Montesquieu dénonce, par le biais de l’ironie, l’abus de pouvoir des rois et du Pape. Les figures d’exagération telles que « le plus puissant » (l.1), « plus de richesses que » (l.2), « plus inépuisable » (l.3), « prodige » (l.5) et la répétition de l’adjectif ‘grand’ aux lignes 4 et 7 invitent à une lecture prudente du texte. Le faux rapport logique « il a plus de richesses […] parce qu’il les tire de la vanité » (l.3) et l’antiphrase « prodige de l’orgueil » (l.5), participent à l’ironie. Enfin, Rica, l’étranger, simplifie ce qu’il observe : « un morceau de papier est de l’argent » (l.11) est une allusion à la création du papier monnaie, « guérit toutes sortes de maux » (l.13) représente le pouvoir des rois de France réputés pouvoir guérir les écrouelles (scrofules, ganglions purulents sur le cou) par simple imposition des mains, « trois ne sont qu’un » (l.18) est une allusion à la trinité, « le pain qu’on mange n’est pas du pain » (l.18) évoque l’eucharistie, « de cette espèce » (l.19) représente les dogmes sacrés de l’Eglise : ainsi, Montesquieu derrière son personnage désacralise le roi et les dogmes de la religion avec à sa tête le Pape. Ce texte est donc bien représentatif du siècle des Lumières car il dénonce, par le biais d’un regard étranger, l’abus de pouvoir du roi et du Pape.
Enfin, l texte d’Olympe de Gouges est représentatif d’un des grands combats du siècle des Lumières : la lutte contre l’esclavage. En effet, c’est au nom de la liberté que se déroule cette lutte contre l’asservissement. L’originalité de ce texte réside dans la dénonciation de l’esclavage par un esclave. C’est l’esclave Zamore qui prend la parole sur scène et sa tirade est une dénonciation de l’esclavage. Le champ lexical de l’esclavage émaille le texte à travers les occurrences « se servent » (l.10), « « se sont emparés » (l.12), « esclaves » (15), « joug » (l.21), « avili » (l.22) et son corollaire, son cortège d’exactions aussi à travers les expressions « arrosés de nos sueurs et de nos larmes » (l.17), « barbares », « cruauté » (l.18), « châtiments » (l.19)… Ainsi, à travers ce texte, l’auteure dénonce l’asservissement d’un peuple par un autre peuple, ce qui est l’un des combats du siècle des Lumières.
Nos documents sont donc tout à fait représentatifs du siècle des Lumières dans les combats qu’ils illustrent mais aussi dans la forme adoptée. C’est que l’art, au siècle des Lumières, est mis en bonne part au service de la raison.
Question sur corpus n°2 :
Quels registres sont à l’œuvre dans les textes A, B et C ?
Nos trois textes ont tous une visée argumentative. Pour dénoncer, ils recourent à différents registres.
La tonalité dominante de ces trois textes est le registre satirique. Ainsi, dans …
+ registre pathétique pour Zamore et Mirza
+ registre polémique pour l’article « Paix » (davantage que satirique) + épidictique (éloge et blâme)
APPRENDRE VOTRE FICHE REGISTRES (registres et procédés)
Vise à susciter l’admiration ou le rejet |
Louer ou blâmer |
Le registre EPIDICTIQUE |
è comparaisons et métaphores valorisantes ou dévalorisantes è lexique mélioratif ou péjoratif è figures d’insistance (gradation, hyperboles…) => portrait physique ou moral dans le but de louer ou de blâmer une personne ou une chose |
Vise à critiquer (une personne, une idée ou une situation) en s’en moquant ou en la tournant en ridicule |
Critiquer |
Le registre SATIRIQUE |
è Termes dépréciatifs : - images dévalorisantes - hyperboles, procédés de grossissement - procédés de déformation è Utilisation de l’ironie pour susciter la complicité du lecteur. |
Faire réagir, pousser le lecteur à prendre parti |
Vise à attaquer (dans le débat d’idées) ou discréditer l’adversaire |
Le registre POLEMIQUE (du grec polémos, « guerre, combat ») |
è Termes péjoratifs (voire insultes) - images dévalorisantes è Ironie è Arguments ad hominem (s’attaque à la personne même) => ce registre est plus virulent que le registre satirique |