Texte 3               VOLTAIRE, Candide ou l'Optimisme,
                                 chapitres 17-18, "L'Eldorado"



Attention : il s'agit de la suite de la L.A. n°3... vous aviez déjà l'introduction et la première partie, mais oui, mademoiselle... à rapprocher, donc, du reste du cours.
Faites une fiche, apprenez-la.


 
 

 

 

 

I. description d’un monde merveilleux (« le pays où tout va bien »)  : un ailleurs exotique merveilleux

 

Le siècle  des Lumières met en valeur les voyages. Les explorateurs rapportent des récits exotiques qui nourrissent l’imagination et la littérature des Européens, comme Bougainville dont le voyage fut évoqué dans la pièce de théâtre que vous vîtes à Saint-Paul, Le Jardin des Lumières  (mais aussi, Memnon ou la Sagesse humaine, que vous pouvez lire dans votre manuel de littérature en lecture intégrale, L’Ingénu, Zadig, de Voltaire, …). Notre héros, Candide, élevé dans la philosophie optimiste de Pangloss, a été chassé du paradis (château du baron Thunder Ten Thronck ) au chapitre 1. Son parcours est une quête de ce monde perdu, d’un lieu idéal, où il pourrait retrouver sa belle Cunégonde. Candide arrive alors à ce « lieu de nulle part » que l’on nomme utopie, ici, le pays d’Eldorado. Ainsi, notre passage reprend les ingrédients traditionnels des utopies.

 

1)     un ailleurs exotique : (ailleurs + exotisme)

   c’est un monde protégé :

-        U-topie : signifie le lieu de nulle part. Le lieu de l’utopie est inaccessible, protégé de l’extérieur. En général, il s’agit d’une île. Dans notre passage, c’est une terre entourée de montagnes et ne possédant qu’une seule entrée

-     Exotisme : champ lexical de l’exotisme composé des termes « colibri », « coutumes », « eldorado » « surprit »
=> Rien ne ressemble à ce que connaît Candide : « quel est donc ce pays […] d’une espèce si différente de la nôtre ? C’est probablement le pays où tout va bien ; car il faut absolument qu’il y en ait de cette espèce » …

 

     2)     un ailleurs merveilleux : (luxe et abondance)

Le luxe règne :

-        Le choix du nom « el dorado » qui signifie le doré, reprend un mythe connu des chercheurs d’or, celui du territoire où les Incas auraient trouvé refuge pour échapper aux conquistadores espagnols.

-        Les matériaux sont luxueux : les cailloux sont en pierres précieuses, les pavés sont en or, les vêtements sont en plumes de colibri…

 

De plus, l’abondance règne :

       -        L’énumération (« fontaines d’eau pure, fontaines… , fontaines… »)

     -        la répétition du nombre mille, trois occurrences et un dérivé :       
    "mille musiciens", "mille colonnes", "deux mille", "millième partie"

     -    Variété : redondance "eau pure/ eau rose / liqueur"

       -       Utilisation du pluriel : « officiers »/ « officières »/ édifices »/ « liqueurs »/ « pierreries »

 

 

3)    un monde de plaisirs enchanteurs :

       les sens sont sollicités :

-   plaisir de l’ouïe : « musique très agréable »

-   plaisir de l’odorat : «  odeur délicieuse »

-    plaisir du goût : mets abondants (« bonne chère »)

-    plaisir de la vue : « beaux et bien vêtus »

-    plaisir du toucher : vêtements en « plume de colibri »

 

=> une société idéale où règne le bonheur (utopie). Cacambo et Candide sont émerveillés. Mais Voltaire force le trait et instille la méfiance du lecteur.



II. La satire de Voltaire : une société qui répond à l’idéal des Lumières  - (Critique de l’Europe en creux) :

 

Eldorado est une utopie, c’est-à-dire une organisation politique, sociale et juridique idéale. Cependant, on observe :

 

 

1)     1) Une perfection exagérée :

 

On relève les figures de l’exagération et des invraisemblances :

-        Champ lexical de la démesure : « supériorité prodigieuse », « jamais on ne fit meilleure chère, et jamais on n’eut plus d’esprit » « immense, « surpassaient »

-        Enumérations : « les fontaines d’eau pure, les fontaines d’eau rose, celles de liqueurs de canne de sucre »

-        Hyperboles : « édifices […] jusqu’aux nues », « mille colonnes », « la millième partie », « deux mille pas »

 

Or, ce pays est absolument merveilleux, tout le monde est heureux… mais Candide veut partir (ironie)

 

=>  Voltaire prend ses distances avec les utopies. Il caricature ce monde parfait pour montrer qu’il ne peut pas exister. C’est une nouvelle illusion optimiste. Il faut rester dans le monde réel.

 

    
2) Un monde inversé :

 

Voltaire nous présente en Eldorado un monde inversé qui donne par contraste une image de la réalité et des défauts de la société réelle du XVIIIe siècle.

 

L’Eldorado prend le contre-pied de tout ce que le héros a vu dans le monde :

-        Cacambo le valet guide Candide => hiérarchies sociales abolies

-        Les soldats sont des femmes

-        Le roi est « plus affectueux » que le dernier de ses sujets

=>  c’est donc un monde inversé. Cf. début de chapitre 17 lorsque Candide s’exclame : « Quel est donc ce pays d’une espèce si différente de la nôtre ? C’est probablement le pays où tout va bien ; car il faut absolument qu’il y en ait de cette espèce ».


 

Un 3) monde répondant aux idéaux des Lumières :

 

 

Les idéaux des philosophes des Lumières se trouvent comblés :

-        Sur le plan politique : la monarchie est éclairée : « je n’ai assurément pas le droit de retenir des étrangers ; c’est une tyrannie » ; indices de l’égalité dans le cérémonial (« baiser sur les deux joues » ;  « Sa majesté […] les pria poliment à souper »)

-        pas de guerre : une garde de « belles jeunes femmes »

-        Sur la plan des institutions : ni tribunal, ni prison, ni parlement. La société est fondée sur un droit naturel, la liberté : les contraintes sont inexistantes comme on le voit à travers les négations totales « non », « jamais », qui expriment l’absence absolue de prison, tribunal ou parlement votant les lois.

-        Sur le plan social : pas de pauvreté : la richesse abonde pour tous

-        Sur le plan religieux : c’est une religion directe, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de dogme religieux ni de clergé, absence de médiation entre l’homme et Dieu (« nous sommes tous prêtres »)

-        Valeurs : la liberté, le progrès et la tolérance règnent. Le roi ne cherche pas à retenir les voyageurs, à les rendre heureux malgré eux

-         l’amour des arts : qualificatifs valorisant l’architecture (« élevés », « ornés »), la musique (« mille musiciens ») …

-        Importance de la connaissance et du progrès scientifique :
champ lexical de la science (« science », « techniques », « mathématiques », « machines », « inventions »). Voltaire, philosophe des Lumières, contribua aux travaux de vulgarisation de l’Encyclopédie.

=> un idéal de société pour un philosophe des Lumières.

 

 

Derrière cette description idyllique, on note une satire sur le monde réel du XVIIIe siècle : le récit est plaisant tout en contournant la censure. Le merveilleux, le dépaysement et le regard naïf de Candide permettent en creux, en miroir, de critiquer la France du XVIIIe siècle.  


III.  III   L’Eldorado : une étape importante dans l’apprentissage de Candide :


L’Eldorado est une utopie mais les indices de l’exagération et de l’invraisemblance invitent le lecteur à se méfier de ce monde idéal.

Eldorado constitue une étape du roman d’apprentissage de Candide. Ce n’est pas une pause gratuite pour le plaisir de décrire une utopie. Au contraire, Candide évolue dans cet épisode. Voltaire choisit de ne pas terminer son œuvre sur cet épisode et Candide poursuit sa quête.

 

 

1) 1) Le raisonnement du héros naïf :

Candide se met à raisonner. Ainsi, on observe de nombreuses marques de raisonnement logique telle que :

-        l’expression « il est vrai » qui marque la concession,

-        les connecteurs logiques « mais enfin », « si », « au lieu que » qui marquent une argumentation qui vise à convaincre Cacambo.

 

2)   2) Première décision de Candide :
Candide fait le choix de quitter le monde de l’idéal pour revenir dans son monde. Il revient à la réalité. C’est à travers le dialogue final avec Cacambo que Candide délibère (= prend une décision) et réussit à convaincre Cacambo. Le départ d’Eldorado relance le conte. Candide poursuit deux quêtes :

-        retrouver mademoiselle Cunégonde, objet de la quête de Candide

-        se faire une situation (il est né sans fortune et sans statut puisque c’est un enfant illégitime). C’est l’appel de l’individualisme : être riche parmi les riches, ou être plus riche que les rois ?

=> Voltaire choisit de ne pas laisser son personnage en Eldorado mais de le confronter à nouveau au monde réel.

 

 

3)     3) Vers une morale de l’action :

 

On note deux discours :

La morale exprimée par le roi est présentée sous forme de maxime : « quand on est passablement quelque part, il faut y rester »

L’intrusion de l’auteur dans le récit : Voltaire introduit au présent de vérité générale des réflexions : « on aime tant à courir, à se faire valoir chez les siens, à faire parade de ce qu’on a vu dans ses voyages… ». Il introduit aussi la figure du paradoxe, « les deux heureux résolurent de ne plus l’être », marque de l’ironie de Voltaire.

=> Voltaire décide de ne pas laisser son héros dans une utopie mais de le confronter au monde réel.

Conclusion :

Voltaire n’a pas clos son livre sur cette utopie, idéal inaccessible, mais fera trouver son bonheur à Candide dans la réalité. Voltaire sait que les guerres, l’intolérance et les préjugés sont autant de fléaux desquels il faut se protéger en connaissance de cause. C’est pourquoi l’épisode de cette utopie se situe au milieu de l’ouvrage et non à la fin. La visite de l’Eldorado constitue donc une étape privilégiée. Le héros ne sera plus le personnage passif, mais prendra pour la première fois une décision : retrouver Cunégonde.

 

Cet extrait pose une question : après avoir vu ce monde idéal, que faut-il faire ?  Candide achètera sa métairie et cultivera son jardin. C’est la morale de la simplicité et de l’action de Candide ou l’Optimisme : le bonheur est le fruit du travail.  

 

 

Autre ouverture (source Hatier) L’utopie trouve sa place dans ce nouveau genre que développe Voltaire au XVIIIe siècle : le conte philosophique. Il s’agit de raconter plaisamment pour être compris, susciter l’intérêt et instruire sans en avoir l’air. Le genre remplit sa mission au-delà même de ce que Voltaire espérait puisqu’on étudie encore de nos jours les contes philosophiques au détriment de genres plus « sérieux » comme le Dictionnaire philosophique de Voltaire qui ne sont plus étudiés que par quelques doctes.

 

       Questions possibles pour l’oral :

En quoi ce passage décrit-il un monde utopique ?  Quelle est la place de cet extrait dans le conte ?

En quoi ce passage est-il représentatif des Lumières ? Montrez que cet épisode est un apologue.

 

 



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