ARTHUR RIMBAUD    -    Document complémentaire   (3)

 
 
UNE POESIE DE REVOLTE :

Notes pour comprendre le rapport de Rimbaud avec Napoléon III :

(extraits d'après l'édition Hachette, collection Bibliolycée - pages 23-24)

Le prince Louis Napoléon Bonaparte est président de la République deuis le 10 décembre 1848, lorsqu'il provoque un coup d'état le 2 décembre 1851 pour garder le pouvoir. Il se fait sacrer empereur le 2 décembre 1852 et devient Napoléon III.

En juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Dès le début de septembre, l'armée française subit un véritable désastre militaire à Sedan, dans les Ardennes : c'est la capitulation du 2 sept. 1870. 

Rimbaud, alors âgé de 16 ans, vit dans cette région où se déroule l'essentiel des combats. "Le Dormeur du val" évoque ces horreurs.

A la suite de la défaite de Sedan et la capitulation, Napoléon III a été capturé par les Prussiens, détenu au château de Wilhelmshöhe.

Lisez "Rages de César", "Le Dormeur du val" de Rimbaud.

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Notes à propos du "Dormeur du val" de Rimbaud :

Si Rimbaud évoque la guerre, le traitement de ce thème témoigne paradoxalement de l'influence du mouvement du Parnasse, qui exige du poète
impassibilité (n'hésitez pas, studieux élève de Louis Payen, à rechercher la définition de ce mot que vous avez déjà lu sur la page de ce site, "documents de recherche (2)"), objectivité et perfection formelle. C'est cette contradiction entre la forme et son contenu qui fait la force et l'originalité de son poème, "Le Dormeur du val". Il se présente comme la description très construite d'un paysage, un tableau d'une nature idyllique et intemporelle, mais c'est pour mieux dénoncer et révéler finalement l'horrible vérité tragique que sous-tendait le poème.

Questions de lecture analytique portant sur "Le Dormeur du val".
(extraits de l'édition Hachette, collection Bibliolycée.)

2)   Qu'apportent les deux tercets ? Quelle est leur fonction par rapport aux quatrains ?
3)   Comment le sonnet est-il donc organisé ?
7)   Quelles perceptions sont sollicitées dans la description de ce tableau ?
8)   Relevez les éléments stylistiques qui animent cette nature et la rapprochent de l'homme ?
9)   Quels éléments montrent la fusion  de l'homme avec la nature ?
10) En quoi cette nature semble-t-elle maternelle ?
11) En quoi cette nature est-elle également idyllique, voire idéale ?
12) Quel effet produit le dernier vers ?
13) Relevez les rejets dans le poème. EN quoi préparent-ils, sur le plan rythmique, ce coup de théâtre final ?
15) Quels indices préparent et annoncent cette fin tragique ?
17) En quoi le titre du poème peut-il dès lors être compris comme l'expression d'une forme d'atténuation ambiguë ? Quelle est cette figure de style ?


UNE POETIQUE RIMBALDIENNE :


-> Lisez la première lettre dite "du voyant", lettre de Rimbaud à Georges Izambard.

LA PREMIERE LETTRE DITE "DU VOYANT"

M. Georges Izambard, professeur
27, rue de l'abbaye-des-champs, Douai
Charleville, 13 mai 1871.

     Cher Monsieur !

     Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m'avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d'anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius.  Je me dois à la Société, c'est juste, et j'ai raison. Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd'hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective : votre obstination à regagner le râtelier universitaire, pardon! le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n'a rien fait, n'ayant voulu rien faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j'espère, bien d'autres espèrent la même chose, je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez ! Je serai un travailleur : c'est l'idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais; je suis en grève.

     Maintenant, je m'encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n'est pas du tout ma faute. C'est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. Pardon du jeu de mots.

Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait !

     Vous n'êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C'est de la fantaisie, toujours. Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni trop de la pensée :

( poème "le coeur supplicié")

Ca ne veut rien dire. - Répondez-moi : chez  M. Deverrière, pour A.R.
Bonjour de coeur,

Ar. Rimbaud.


=> Pour "se rendre voyant" et "arriver à l'inconnu", il faut se libérer des formes poétiques du passé et des conventions du langage comme de la morale dite "normale". Rimbaud envisage un ensemble de pratiques pour dynamiser le travail de l'imagination. Le but est d'inventer une poésie nouvelle digne d'un poète visionnaire investi de pouvoirs magiques. à l'image des romantiques comme Victor Hugo. Cependant, pour Rimbaud, la poésie est une activité concrète, "matérialiste", un travail volontaire. Il faut un entraînement volontaire au dérèglement des sens, c'est-à-dire de la perception, mais aussi de la morale, tout en conservant une mission sociale qui le rattache aux idéaux révolutionnaires de la Commune de Paris.
Rimbaud s'inscrit ainsi parmi les poètes maudits, soucieux d'inventer une nouvelle poésie qui repose, entre autres, sur l'alliance des contraires afin de présenter une autre vision du monde. Ainsi le poème « Le bal des pendus » propose un tableau réaliste, macabre, mais aussi poétique, de corps suspendus au gibet, réécriture d'un poème du Moyen âge. Cela vous rappellera le poème de Baudelaire, "A une charogne", dont je vous ai déjà parlé. Ces poèmes, choquants à l'époque, invitent le lecteur à voir le monde autrement qu'il n'est.


-> Lisez
la seconde lettre dite "du voyant", lettre de Rimbaud à Paul Demeny.

La lettre du voyant

A Paul Demeny
à Douai

Charleville, 15 mai 1871.

J'ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle ; (...)
- Voici de la prose sur l'avenir de la poésie -
Toute poésie antique aboutit à la poésie grecque ; Vie harmonieuse. - De la Grèce au mouvement romantique, - moyen âge, - il y a des lettrés, des versificateurs. D'Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, avachissement et gloire d'innombrables générations idiotes : Racine est le pur, le fort, le grand. - On eût soufflé sur ses rimes, brouillé ses hémistiches, que le Divin Sot serait aujourd'hui aussi ignoré que le premier venu auteur d'Origines. - Après Racine, le jeu moisit. Il a duré mille ans.

Ni plaisanterie, ni paradoxe. La raison m'inspire plus de certitudes sur le sujet que n'aurait jamais eu de colères un jeune-France. Du reste, libre aux nouveaux ! d'exécrer les ancêtres : on est chez soi et l'on a le temps.
On n'a jamais bien jugé le romantisme ; qui l'aurait jugé ? Les critiques ! ! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l'œuvre, c'est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur ?
Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. Cela m'est évident : j'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute : je lance un coup d'archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un bond sur la scène.

Si les vieux imbéciles n'avaient pas trouvé du moi que la signification fausse, nous n'aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s'en clamant les auteurs !

En Grèce, ai-je dit, vers et lyres rythment l'Action. Après, musique et rimes sont jeux, délassements. L'étude de ce passé charme les curieux : plusieurs s'éjouissent à renouveler ces antiquités : - c'est pour eux. L'intelligence universelle a toujours jeté ses idées, naturellement ; les hommes ramassaient une partie de ces fruits du cerveau : on agissait par, on en écrivait des livres : telle allait la marche, l'homme ne se travaillant pas, n'étant pas encore éveillé, ou pas encore dans la plénitude du grand songe. Des fonctionnaires, des écrivains : auteur, créateur, poète, cet homme n'a jamais existé !
La première étude de l'homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l'inspecte, Il la tente, l'apprend. Dès qu'il la sait, il doit la cultiver; cela semble simple : en tout cerveau s'accomplit un développement naturel ; tant d'égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d'autres qui s'attribuent leur progrès intellectuel ! - Mais il s'agit de faire l'âme monstrueuse : à l'instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s'implantant et se cultivant des verrues sur le visage.
Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.
Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences.
Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant ! - Car il arrive à l'inconnu ! Puisqu'il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu'aucun ! Il arrive à l'inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu'il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables : viendront d'autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l'autre s'est affaissé ! (...)

Ar. Rimbaud.


Notes à propos de  "Voyelles" de Rimbaud :
Poème mystérieux qui date certainement de la fin de l'année 1871, donc postérieur aux lettres dites du voyant, dans lesquelles Rimbaud exprime son désir poétique  de "trouver une langue" qui soit un "langage universel".

Questions à propos de "Voyelles" de Rimbaud :
2)  Ce sonnet est-il régulier sur la plan de la versification ?
4) Dans quel ordre le poète nous présente-t-il les voyelles ?  Respecte-t-il l'ordre alphabétique ? Quel sens pouvez-vous donner à l'ordre choisi ?
7)  Analysez le travail sur els sonorités. Comment comprenez-vous ce travail ?
9)  Comment interprétez-vous l'utiliation d'un lexique rare  et très recherché ?
12) Combien de phrases compte ce poème ? Par quel signe de ponctuation est-il fini ?
13) Quel mouvement et quel élan le choix de cette syntaxe particulière donne-t-elle au sonnet?
15) Relevez les allusions au corps féminin . En quoi peut-on, à la lumière du dernier vers, réinterpréter ce sonnet comme un éloge amoureux ?
14) Quel regsitre vous semble le mieux à même de rendre compte de l'effet que produit ce poème ?






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